Extrait du livre de bord :

Première partie
Je n’ai pas le talent d’une écrivaine mais simplement une envie d’écrire quelques mots sur la façon dont je vis cette aventure.
Le temps se dilate à bord de Cassiopée. Je me vois de plus en plus évoluer en fonction de la météo, je sens ce lâcher prise sur tout le reste. Plus j’avance et plus mes sens s’ouvrent sur d’autres choses. La nature, la mer qui m’entoure, les voiles, le sillage du bateau. J’arrête de me focaliser sur les chiffres du bateau, sa vitesse, son angle, sa trajectoire, en gros les trois points que j’ai toujours passé en priorité avant mon « bien-être en mer ».
Aujourd’hui j’entame mon 5eme jours de mer. Encore 7?10?15? Je n’en sais rien et je ne suis plus à ça prêt. Je pense que même encore 20 jours peuvent être envisageables tellement j’ai d’eau et tellement je mange peu, ma faim est totalement différente en mer.

Comment est-ce que j’ai switché dans ma tête pour en arriver à un état d’esprit ou je me sens aussi libérée? Je pense le savoir. Je me suis réveillée un matin, et je me suis mise à parler à mon bateau. La parole, le simple fait de dire les mots. Ça faisait 5 jours que je ne parlais plus en fait. On ne fait jamais ça à terre! Et je lui ai di des choses simples. « Je vais t’emmener là bas je te promet, pour toutes les aventures à terre comme en mer que tu m’as fait découvrir je te dois ça. ». Et là, la symbiose est revenue, la sensation d’une harmonie profonde avec le bateau était de retour. Mes vitesses moyennes ont tout de suite évolué, mon énergie aussi. Le stress de me lancer dans cette traversée du désert seule, après tout le groupe, dans une mer difficile, c’était d’un coup volatilisé!

Hier soir c’était soirée de spectacle podcast, scoobidoo, bracelet brésilien, accompagné d’un lyophal pâtes champignons fromage. Bref c’était la fête !

Cette solitude est un luxe. Elle l’est car cet espace temps le permet. Quand on est à terre, que nous avons besoin de nous recentrer, de réfléchir, de prendre du temps pour soit, souvent ce temps est impossible à trouver où alors on pense l’avoir, mais en fait, notre corps n’est pas dispo sur demande. Alors que dans cette bulle de temps décalée où je me sens voler sur mon petit bateau, les images, les sentiments, les idées surgissent quand ils veulent. Une musique, un couché de soleil, et ça y est, je comprends, je sais, il n’y a plus de doute, les idées sont claires, pas d’éléments perturbateurs…